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L'interview :


Sur la coquette maison de Raoul Cauvin, sise dans un cul de sac, vous ne trouverez point de plaque annonçant qu'y réside l'un des plus prolifiques scénaristes de B.D. actuels.
A vrai dire, vous ne savez pas sur qui s'ouvrira la porte : " l'inventeur comique " serait-il, à l'instar d'un de Funès, un personnage composé de toutes pièces ?...
Vous êtes rapidement fixé(e), néanmoins, lorsque l'homme, l'œil rieur, la moustache en bataille, à la Vercingétorix, vous accueille en gouaillant.
Et quand le papa de Cédric, après vous avoir accordé deux heures d'entretien volées à son temps précieux vous raccompagne, vous fait la bise en vous recommandant " d'être prudente sur la route, parce que les femmes au volant, c'est bien connu, etc. ", vous avez presque l'impression de quitter un ami de longue date… Raoul Cauvin ne s'embarrasse pas de chichis et est, à l'évidence, d'une nature chaleureuse. Quelques-uns des personnages nés de son encre sans jamais être noirs - tout au plus parfois mordants - ont fait la lumière sur leur père…

toubib

Dites donc, vous, le gars qui avez placé les mots dans ma bouche, ça coule de source votre métier ?

J'ai suivi des études de lithographe publicitaire, sur pierre, donc, à St Luc (Tournai) et, après l'école, je me suis rendu compte que le métier n'existait plus ! Les bons élèves qui sortaient de cet enseignement étaient pris directement comme profs et ils restituaient ce qu'on leur avait inculqué sans avoir fait leur apprentissage à l'extérieur. Bref, on assistait à une situation de " décalage " ; donc ça a commencé comme un gag : j'avais un diplôme qui ne servait à rien ! Je me suis alors retrouvé dans une usine de boules de billards qui fabriquait aussi des statuettes auxquelles je donnais une patine. Après mon service militaire, je me suis présenté chez Casterman, au Lombard, chez Dupuis… et là, ils m'ont pris à l'essai, par pitié. De fil en aiguille, moi qui n'avais jamais vu une caméra de près, je devins caméraman pour le studio de dessins animés produisant les schtroumpfs. J'ai fait ce métier pendant neuf années, au cours desquelles p'appris à connaître les Peyo, Roba, Franquin… et je me suis aperçu que des dessinateurs dotés d'un beau coup de crayon n'avaient pas de scénariste… Je connus alors ma période " vente de savonnettes " : je m'acharnais à présenter mes scénarios à des dessinateurs en leur demandant s'ils voulaient bien travailler avec moi. J'étais une sorte de témoin de Jéhovah, à la différence près que je marchais seul et sans serviette noire… Un beau jour, l'éditeur (Charles Dupuis) m'a lancé : " allez-y, montrez-moi ce que vous savez faire ! " Et la série " Les tuniques bleues " (années 68) a démarré assez rapidement…

cedric

Avec Chen, on est allé au grand magasin : un rayon complet était chargé de BD signées " Cauvin " !

Aujourd'hui, je compose les scénarios de onze bandes dessinées : Sammy, les Tuniques bleues, l'Agent 212, Pierre Tombal, les femmes en blanc, Cédric, les Psy, les paparazzi, Cupidon, du côté de chez Poje et CRS= détresse [éditions Dupuis et Dargaud].

vache

Raoul, dans quel pâturage as-tu vu le jour… et l'herbe est-elle plus verte ailleurs ?

Je suis né à Antoing en 1938 : ça ne sert à rien de le cacher, on le retrouvera toujours bien sur les sites Internet ! Nous sommes arrivés à Nivelles en [intervention de Marie-Jeanne son épouse : " le 22 août 1991, t'as vraiment pas de mémoire, Raoul ! "] 1991, en effet ! J'ai rencontré ici Emmanuel Hendrickx avec qui j'ai passé fortuitement une soirée sans savoir qui il était et lui-même n'en a jamais parlé ! J'apprécie aussi le ministre Flahaut, pour sa correction… Ces deux personnes m'ont un peu réconcilié avec le monde politique [rires].

cupidon

Il est amoureux de quoi, Cauvin, dans la vie ?

Ah, j'adore les noubas, la fête. Récemment, j'ai pataugé avec plaisir dans la marmelade d'oranges lors du carnaval de Nivelles. Quand je sors avec Laudec, Kox, Carpentier, qu'est-ce qu'on se marre…et on s'interdit de parler boulot ; en fait, il faut l'admettre, les conversations volent parfois bien bas. Quand on dédicace 7,8 heures d'affilée, on recommence l'opération le lendemain vraiment crevés : non pas par les séances pourtant éprouvantes, mais parce que, le soir, on retrouve des dessinateurs et scénaristes français, suisses, …qu'on a pas revu depuis un an et avec qui on fait la fête… Ce qui me plaît aussi par-dessus tout, c'est de regarder autour de moi les gens qui me surprennent sans cesse ; ça fait aussi partie de mon métier : en tant que scénariste, je dois voir du monde et je travaille donc tout le temps, même maintenant lorsque je fais cette interview, j'observe tout ! En littérature, je dévore Stephen King ; au cinéma, j'apprécie beaucoup les films d'horreur( !!!) ; parfois, des acteurs font vraiment la différence et " relèvent " le film, ce qui n'est par contre pas du tout envisageable en BD : si le scénario ne tient pas, la BD s'écroulera.

pigeon

Pour " pondre son scénario " , comment s'y prend " le vieux bleu " ? (titre d'une excellente B.D. dessinée par Walthéry, seule de sa série, hélas !, sur le milieu des colombophiles)

Ma journée type : le réveil sonne à 6h30 ; à 8h00, au plus tard, j'écris (même le dimanche). Je dîne vers midi, puis, l'après-midi, j'allume la TV, je lis journaux et magazines, mes sources d'inspiration. Je zappe sur toutes les chaînes même si je ne maîtrise pas la langue des programmes. Une image, une situation, un texte, un mot… tout ça m'intéresse. Un enterrement, un mariage, je m'imprègne de tout. Je griffonne les idées en vrac sur un post-it, avant de les transcrire à l'écran. Et je sais toujours le matin ce que je vais faire : un psy, un femmes en blanc, en fonction de ce que j'ai lu, vu, entendu la veille…

cupidon

Avec le dessinateur élu, c'est " je t'aime un peu, beaucoup, passionnément " ?

Avec tout ce que j'en ai bavé jadis, je ne vais jamais aux dessinateurs, c'est toujours eux qui viennent à moi. Bien entendu, je choisis le dessinateur en fonction de son coup de crayon… mais aussi pour le mec lui-même. Si le dessin me plaît mais que le mec est infect, je ne suis pas preneur ! Le dessinateur et le scénariste forment un véritable couple… Dans la B.D., je passe donc pour une prostituée au vu de mon nombre de séries (rires). J'opte pour tel ou tel type de personnage central et de scénario en fonction du dessin ; quand Laudec est venu me voir, par exemple, j'ai trouvé que son dessin collait très bien avec le monde des enfants et je lui ai dit : " On va faire quelque chose sur l'école ! " Entre nous, ces salauds de dessinateurs s'arrangent toujours pour me caricaturer dans leurs séries… Il paraît que j'ai une tête facile à faire !

tombal

Mais pourquoi vouloir à tout prix " enterrer " Marc Chapelle ? [ndlr Directeur de la CCIBW qu'il connaît fort bien et dont il représenta jadis la tombe dans la B.D. " Pierre Tombal "]

Dans Pierre Tombal, les gens qui sont sur les croix ont demandé à être " enterrés " ; pour être exact, pas au début, lorsque j'ai inhumé mon village entier, la direction, les secrétaires de chez Dupuis, etc. J'ai ainsi des listes de gens qui veulent absolument être enterrés ! Mais je n'ensevelis jamais d'enfants, même lorsqu'ils me le demandent…


Stéphanie Heffinck


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